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théâtre : un notaire de montcuq, l'édition et la publication d'un livre, un écrivain indépendant...



Acte 3

Même décor. Le notaire derrière son bureau. Florence, enceinte, assise sur une chaise à la droite du bureau.
Devant le bureau, assis : madame le maire du village et Stéphane Thornis. Florence, le plus discrètement qu’il lui sera possible, le dévorera régulièrement des yeux.

Madame le maire signe les feuillets d’une pochette verte.

Madame le maire : - Et voilà, tout est en ordre.
Maître Pierre : - C’est Florence qui a rédigé l’acte, tout est donc parfait. Pour nous, un tel acte, c’est la routine.
Madame le maire : - Enfin, je suis satisfaite que cette affaire se termine... (se tournant vers Stéphane :) je pense que certaines pages de certains sites internet vont ainsi êtes modifiées.
Stéphane Thornis : - Vous savez... je ne suis pas propriétaire de l’ensemble des sites internet de la planète. Même pas de ceux de l’espace francophone. Et en plus, même dans le canton, des voix différentes peuvent se faire entendre ! Internet est une démocratie qu’on retrouve rarement en démocratie.
Madame le maire en souriant : - Oh ! Je vous fais confiance. Je crois que vous savez très bien les pages auxquelles je fais référence.
Stéphane Thornis en souriant : - Vous savez bien qu’un écrivain se sert de sa vie comme source principale d’inspiration.

Imaginez qu’un jour je me mette au théâtre et qu’une de mes pièces présente madame le maire et monsieur le notaire d’un petit village du Quercy.
Maître Pierre : - Ce serait déloyal, monsieur.
Stéphane Thornis (très badin) : - Je sais naturellement que la loyauté est un des piliers de votre ordre.
Maître Pierre : - Je suis très heureux de vous l’entendre rappeler.
Stéphane Thornis : - Mais l’écrivain n’a pas à se plier aux apparences. Il peut exposer le noyau noir de sa vie, et celui des autres. Chaque profession a sa grandeur et ses bassesses.
Madame le maire : - La vie m’a appris qu’il est toujours préférable de ne pas généraliser.
Stéphane Thornis : - Et pourtant, tous les métiers sécrètent une déformation professionnelle, les écrivains puisent dans leur vie, les viticulteurs goûtent leur vin, les fonctionnaires bougonnent et il est même des professions où l’on tente systématiquement d’obtenir un peu d’argent en liquide.
Madame le maire se lèvant : - Maintenant que tout est ordre, on ne va pas vous déranger plus longtemps, maître... comme d’habitude, une quinzaine sera nécessaire pour l’enregistrement.
Stéphane Thornis se levant et se tournant vers madame le maire : - Je parlais naturellement des agriculteurs où l’on essaye de vendre sans facture.
Madame le maire lui souriant : - De part ma profession, j’avais compris. Il y a même des agriculteurs qui chaque année me demandent s’il n’y aurait pas un moyen de contourner la loi. Ça fait bien longtemps que nous sommes passés à la comptabilité et ce genre de pratique est de l’histoire ancienne. Comme dans de nombreuses professions.
Stéphane Thornis : - Ce qui n’empêche pas certains d’essayer !
Madame le maire : - Quand l’honnêteté y gagne, tout le monde est gagnant.
Madame le maire se tournant vers le notaire, approchant sa main droite pour serrer celle de son premier adjoint : - Pierrot, on se voit demain au Conseil.
Maître Pierre : - Si Dieu me prête vie ! Je n’ai jamais raté un Conseil depuis mon élection. Je crois qu’un jour je mériterai une citation dans le livre des records.
Madame le maire : - L’homme le plus ponctuel du canton (elle se tourne vers Florence et, lui serrant la main :) Florence, vous allez donc bientôt laisser votre beau-père sans secrétariat.
Florence : - Il ne sera jamais seul ! Marcel débute en associé le vingt-cinq.
Madame le maire se tournant vers le notaire : - Alors c’est fait ! Le fiston revient au village.
Maître Pierre : - Je pensais vous l’annoncer au Conseil... Florence, vous m’avez grillé.
Florence : - Oh excusez-moi...
Madame le maire : - Je garde l’information pour moi. Case « confidentiel ». Je vous laisserai la parole en fin de Conseil.
Stéphane Thornis : - Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Stéphane Thornis sert la main du notaire : - C’est un souvenir d’un ami, le sieur Voltaire.
Maître Pierre : - Je m’en doutais.
Stéphane sert la main de Florence (on les sent troublés) : - Madame.
Florence : - Vous allez donc écrire une pièce de théâtre ?
Stéphane Thornis : - Pas pour l’instant... je reste fidèle au roman. Quand on se sent bien quelque part, on a des difficultés à changer, quand on se sent bien dans un genre, on a des difficultés à le quitter... alors ça ne servirait à rien d’aller me divertir avec du théâtre...
Florence : - Pourtant je crois que vous pourriez faire de belles choses au théâtre.
Stéphane Thornis : - Peut-être qu’un jour je changerai de genre... et terminerai ma vie fidèle au théâtre...
Madame le maire ouvre la porte.
Florence : - La littérature est mon jardin secret.
Stéphane Thornis en souriant : - Vous êtes donc une exception dans le canton. Tenez bon, la littérature est la vraie vie... et si un jour vous souhaitez devenir membre du jury salondulivre.net... vous n’avez qu’à passer me voir.
Florence : - Oh merci... mais je doute d’être à la hauteur du jury d’un prix littéraire... je suis une simple lectrice...
Stéphane Thornis : - Lire permet de conserver une certaine humilité... mais parfois il faut savoir saisir les occasions qui se présentent.
Madame le maire : - Excusez-moi, mais on m’attend au bureau.
Stéphane Thornis : - Je vous suis.
Madame le maire : - Allez, bonne journée.
Maître Pierre : - A vous pareillement.
Stéphane sort avec Madame le maire, referme la porte.

Maître Pierre : - Je croyais qu’il ne partirait jamais ! Vous avez exagéré Florence ! Vous ne croyez pas que m’obliger à retirer mon veto à la mairie était bien suffisant !
Florence : - Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de parler avec un écrivain.
Maître Pierre : - Vous n’allez quand même pas me faire croire que sa conversation vous intéressait.
Florence : - Je suis admirative des gens qui vivent debout.
Madame le maire : - Ecrivain, écrivain, qu’il dit. En tout cas, il vit du RMI. Ça permet peut-être de se donner un genre, écrivain, mais ça ne nourrit pas son homme.
Florence : - Mais l’éternité lui appartient ! Qui se souviendra de nous dans 200 ans, alors que Molière, Racine, Hugo, Voltaire, sont éternels.
Maître Pierre : - Il est vrai que vous avez fait des études littéraires. Mais en tout cas, moi je préfère vivre comme je vis plutôt que dans la misère comme cet écrivaillon.
Florence : - Il faut une certaine grandeur pour accepter d’avancer à contre-courant.
Maître Pierre : - Mais ce n’est pas une raison pour vivre aux crochets de la société ! Il pourrait au moins être honnête !
Florence éclate de rire.

Maître Pierre : - Flo !
Florence : - Excusez-moi, je n’ai pas pu me retenir.
Maître Pierre : - Et qu’ai-je dit d’aussi drôle ?
Florence : - Le mot honnête, dans votre bouche.
Maître Pierre : - Oh ! Florence ! Comment me considères-tu ?
Florence : - En plus, c’est une réplique de votre écrivain préféré.
Maître Pierre : - Parce qu’en plus vous achetez ses livres !
Florence : - Avec mon argent !
Maître Pierre : - Toi, ton mari devrait te surveiller ! Je trouve que tu vas un peu trop souvent là-haut !
Florence : - Oh ! Je marche ! Je ne suis avancée au bourg qu’une seule fois. Et c’était justement pour acheter son troisième livre. Parce que j’avais lu une excellente critique sur internet.... Tu ne vas quand même pas reprocher à une femme enceinte de marcher !
Maître Pierre : - Mais non, ma Flo. C’était juste pour te taquiner. Même pour une gloire posthume, je n’échangerais pas ma place contre la sienne... je suis l’homme le plus heureux du monde... approche ma douce que je touche notre enfant.
Florence : - On a dit pas ici !
Maître Pierre : - Où alors ?! Je suis quand même son papa à ce petit bout de chou qui m’a l’air bien vigoureux.
Florence apitoyée s’approche : - Allez, posez une main.
Le notaire, la main gauche sur le ventre de sa belle-fille est aux anges.
On frappe. Entre Yvonne.
Le notaire, tout à son émerveillement, n’avait pas entendu frapper. Il sursaute, comme pris en faute.

Yvonne : - Oh !... Le notaire a beau être votre beau-père, je ne pense pas que cette attitude soit convenable.
Maître Pierre soudain en colère : - Madame, tu m’emmerdes.
Yvonne : - Oh !
Maître Pierre : - C’est la première fois de ma vie que je touche le ventre d’une femme enceinte. Il est certains sujets sur lesquels je vous prierais de tourner trente-sept fois votre langue avec d’ouvrir la bouche.
Yvonne : - Mon Dieu (elle joint les mains) 124... 124... mes calculs astrologiques sont à 124.
Florence en souriant : - C’est la troisième fois cette année que vous paniquez à cause de vos calculs... et que je sache, les deux premières fois, la terre ne s’est pas arrêtée de tourner.
Yvonne : - Ma fille... ma fille... Dieu vous pardonne... vous ne savez pas tout...
Florence la fixe.
Yvonne : - C’était des mises en garde. Pour annoncer un engrenage. Et l’inéluctable avance pas à pas... Mon Dieu... avant le drame aussi, il y avait eu deux fois 124...
Le notaire fait un geste de la main pour sa belle-fille, en direction de son épouse, signifiant : elle est folle.

Yvonne : - Je n’y avais pas fait attention, la première fois... j’étais à l’âge de l’ignorance.
Maître Pierre : - Madame, vous divaguez. Laissez-nous travailler.
Florence en souriant : - Je crois que ce midi nous mangerons des sardines... Je suppose, madame Yvonne, que vous allez vous coucher...
Yvonne : - Ne souriez pas ma fille... oui ma fille... je n’ai plus que cela à faire... ne souriez pas... vous ne savez pas sur qui va tomber la foudre aujourd’hui... je ne peux m’opposer à l’inéluctable... J’ai pourtant tout essayé... j’ai fait une neuvaine, j’ai brûlé des cierges, j’ai prié Saint Benoît, j’ai prié Saint Christophe ! J’ai même prié notre regretté Jean-Paul II, le Saint Homme...
(elle joint les mains) Je m’en remets à ta volonté, Seigneur.
Elle fixe le coffre-fort, se signe puis sort en courant.

Maître Pierre : - Si on ne la connaissait pas, elle nous donnerait le cafard.
Florence : - Pauvre femme... mais qu’y a-t-il dans le coffre-fort ?
Maître Pierre : - Pourquoi tu me poses cette question ?
Florence : - Je ne t’ai jamais vu l’ouvrir... Yvonne l’a fixé avec une telle force avant de sortir.
Maître Pierre : - La pierre.
Florence : - Oh ! La pierre. Vous gardez dans votre coffre la pierre qui a tué son amant.
Maître Pierre : - Je l’ai cachée là le premier jour. A cause du sang. Je m’étais dit que je la jetterais dans la Garonne. Et les années sont passées.
Florence : - Il faut le faire. Vous ne pouvez quand même pas garder cette pierre alors que Marcel...
Maître Pierre : - J’ai bien réalisé l’acte de ce Thornis, je peux jeter cette pierre.
Florence : - Montre-là moi.
Maître Pierre : - Ça non !
Florence : - Et pourquoi ? Puisque tu vas la jeter, j’ai le droit de la voir.
Maître Pierre : - Tu oublies ton état ! Tu crois que je me le pardonnerais si je te causais un choc !
Florence : - Bon... parfois tu as raison ! Mais tu me promets de la jeter aujourd’hui.
Maître Pierre : - Je vais à Montauban cette après-midi... je crois d’ailleurs que je vais partir tout de suite et me payer le restaurant.
Florence : - Alors je mangerai des sardines seule.
Maître Pierre : - Votre mari doit rentrer ce midi.
Florence en souriant : - Je l’oubliais lui !... Je vous laisse donc vous préparer.
Elle fait deux pas vers la porte.

Florence : - Bon courage.
Maître Pierre : - Merci Flo... je te rapporte une bouteille de Sauternes ?... et un peu de foie gras ?...
Elle lui envoie un baiser, sourit et sort.

Maître Pierre : - Cette pierre n’a plus rien à faire ici. J’ai quand même été imprudent de la garder. Comment aurais-je expliqué le sang de cet idiot sur une pierre dans mon coffre-fort !

Il se lève, va au coffre-fort, prend son trousseau de clés, ouvre le coffre-fort et caresse la pierre.

Marcel entre sans frapper, une bouteille de whisky en main, claque la porte, regarde vers le bureau et ne voit pas le notaire.

Marcel : - Où il est, où il est ! Il est pas là, ce salaud.

Le notaire le regarde sans comprendre.
Marcel donne un coup de pied dans le bureau. Avec sa bouteille de whisky il fait tomber quelques dossiers ; elle se renverse sur le bureau. Il se retourne, fait deux pas vers la porte du secrétariat, et aperçoit le notaire.
Marcel se précipite vers lui, en titubant.

Marcel : - Salaud.
Maître Pierre : - C’est à ton père que tu t’adresses ainsi. Veux-tu t’excuser immédiatement.
Marcel : - Maman m’a tout dit. Salaud. Assassin.
Marcel attrape le notaire par la cravate, le pousse contre le mur.

Maître Pierre : - Hé doucement... (il repousse Marcel qui continue à le tenir du bout des bras) ta mère est très perturbée ce matin... tu ne connais pas très bien les femmes... mais il y a des périodes où elles sont sujettes à certaines vapeurs... (Marcel le fixe dans les yeux)
Marcel : - Salaud, assassin.
Maître Pierre : - Tu as fêté ton départ de Cahors... allez lâche-moi... sinon je vais devoir te faire une prise de judo... il faudra que tu te modères un peu niveau boisson quand...

Marcel voit la pierre dans le coffre, pousse le notaire qui se cogne contre le mur, il prend la pierre dans le coffre et fonce sur le notaire, lui fracasse la tête. Le notaire n’a même pas le temps d’esquisser un geste.
Maître Pierre s’effondre en bredouillant « Flo ».
Florence entre, hurle « non ! ».



Rideau


(parenthèse, voyez www.chanson.es avec des chansons pour enfants)

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sur le forum : M. Serge Rigal, président du département du Lot à Montcuq en août 2017
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